1/ Les Miroirs des Princes : Hommage au Sultan Youssef Ibn Tachfine
Les Miroirs des Princes, appelé également Divan des Rois, est un genre littéraire rédigé par les Sages et les grands Maîtres soufis à l’adresse des princes, axé sur la Naçîha (l’admonestation) prônant un art de vivre et une bonne gouvernance.
Ces trésors de sagesse universelle sont formulés par le truchement d’épopées initiatiques, de poèmes épiques, de romans ou encore de contes initiatiques s’inspirant des hauts faits des héros légendaires de l’Islam ou reconduisant certaines figures emblématiques de l’Inde, de la Perse, de la Grèce et de Rome.
Cette première thématique portera essentiellement cette année sur le Sultan Youssef Ibn Tachfine ( né en 410 h et mort en 500 h) , fondateur de la ville de Marrakech et artisan de l’Etat central au Maroc.
Cet illustre Prince qui tenait aussi du contemplatif, fut un disciple soufi, vivant et agissant selon les idéaux et modes de vie des maîtres spirituels. Feu Sa Majesté Mohamed V réhabilite le Prince almoravide en érigeant un mausolée en souvenir de sa mémoire vénérée à l’ombre de la Koutoubia, en 1959 aux lendemains de l’Indépendance.
Fidèle aux grands principes spirituels, c’est au nom de l’Amour que Youssef Ibn Tachfine fonda la cité de Marrakech en hommage à sa femme Zaynab Annafzaouiya qui fut aussi sa conseillère et tenait auprès de lui rang de ministre.
Champion de l’unité des deux rives, celle du Maghreb et de l’Andalus, il s’assura aussi bien l’assentiment du Califat de Bagdad que de l’acquiescement de l’Imam Ghazâli, haute autorité spirituelle de son époque.
La présence almoravide qui embrassa jusqu’au fleuve du Sénégal, là où se nourrissent les racines africaines du Maroc, aurait-elle atteint également l’autre Gharb Al Aqsâ (les Amériques) avant la lettre comme semble le suggérer certains chercheurs contemporains ?
Ainsi, Al Muniya aspire-t-elle à réinscrire Marrakech à l’horizon de ces mêmes principes qui prévalurent aux temps de sa fondation et de son fondateur.
2/ l’Insân Al Kâmil : L’Homme Universel Parfait face à la Nature
Selon la tradition soufie, l’Homme est un abrégé du Monde. Il est crée selon la forme universelle divine et totalise en lui toutes les réalités cosmiques et métacosmiques. C’est ainsi qu’il doit exercer sa connaissance sur le monde qui lui est confié et dont il a la charge. Cette doctrine atteint son aboutissement à partir du 13ème siècle (7ème siècle de l’hégire) et influence en profondeur les milieux soufis jusqu’à nos jours.
Les axes majeurs de réflexion de ces rencontres analysent la notion de l’Homme Universel Parfait dans son rapport au concept de nature et de l’histoire de celle-ci dans les cultures respectives du monde musulman et de l’occident antique et médiéval. Et la place de l’homme dans la nature : N’est-il qu’un chaînon de l’évolution ou un être central dont la vocation est unique et supérieure comme l’enseignent les grandes traditions religieuses ?
L’homme se définit notamment par sa capacité à influer sur la nature et à la transformer. Comment concevoir les rapports entre nature et culture, en particulier dans une perspective traditionnelle telle que les métiers d’artisanat qui ont développé un certain type de rapport aux éléments naturels reliant un savoir, une pratique et une sagesse ?
Dans les cultures anciennes mais aussi à l’époque moderne le rapport de l’homme à la nature a puissamment nourri vies religieuses et voies de sagesse, philosophies et spiritualités. Ces formes culturelles sont toujours porteuses de sens et stimulantes face au défi de notre temps. La contemplation de la nature est l’un des thèmes à l’œuvre dans les cultures traditionnelles, en Orient et en Occident , tel est le cas pour l’expérience spirituelle, soufie notamment, la retraite au désert, l’approche symbolique ainsi que les approches de la nature par les ’’sciences traditionnelles’’ telle que l’alchimie
…
L’humanité, aujourd’hui impuissante face aux problèmes irrésolus que pose son environnement naturel, est confrontée aux périls d’exploitation, de destruction, de crainte de la nature mais aussi ouverte à la promesse de la contemplation et de la protection de celle-ci. Comment la sagesse de l’Insân Al Kâmil, laquelle a guidé des générations de Maîtres spirituels et de contemplatifs peut-elle à nouveau inspirer la réflexion et nourrir l’horizon de la médiation d’Orient et d’Occident de nos jours ?
En organisant ces rencontres, Marrakech, cité emblématique, sise à la fois à l’orient de l’occident et à l’occident de l’orient, œuvre au rayonnement d’une parole partagée entre ces deux horizons.
La cérémonie officielle aura lieu le Mercredi 7 mai 2008 à 17 H au pavillon de la Menara.