La cité est une remarquable façon de se réunir. Pour les Grecs, elle est une association à caractère moral, politique et religieux. L'idée de la cité a pris naissance dans une société rurale, à l'habitat dispersé et les associations politiques qui furent alors formées étaient indépendantes de toute idée urbaine.
Certes, en pratique, la cité va bientôt comporter un établissement urbain, mais elle englobe les campagnes, avec leurs bourgades dont les habitants sont eux aussi des citoyens, membres de la « polis » au même titre que les citadins.
Ou en est Marrakech ?
Marrakech, tendance et luxe. Des projets partout, avec des millions de dirhams en jeu. Un impact social s’impose tout naturellement à ce citoyen de ville impériale, ancienne, et surtout simple.
Une multitude de détails, changent la vie quotidienne des citadins de Marrakech. Tout projet de transformation de l'espace du quartier dans la cité va mettre en cause les trames invisibles de ces « micro-ritualisations ». Si l'on change par exemple le passage clouté où l’on a l'habitude de traverser pour rentrer chez soi, on se sentirait déçu et frustré d'un petit plaisir qui s'est développé peu à peu avec la répétition d'une pratique banale.
C'est la somme de ces gratifications propres à chacun des citadins qu'il s'agit de prendre en compte et de valoriser dans une démarche participative.
Mais en vain, à force d'aborder les enjeux de société à l'aune de l'Etat ou de la société, on
avait fini par l'oublier.
Toutes ces tendances nourrissent un débat théorique parmi les géographes, les économistes, des sociologues ou des spécialistes de la politique urbaine sur cette détérioration de la cité impériale. L'apparition des quartiers chauds à la place des anciens bidonvilles ; des secteurs protégés par des délinquants qui se battent contre des autres, ces bouleversements ont donné, en fait, de micro-villes dont Marrakech baigne en toute complexité.
Un développement sans précédent, couvre la ville ocre. Une économie de plus en plus fructueuse. La ville où l’on vivait avec peu, oblige un caractère de consommation très puissant. Naturellement, les comportements tantôt économiques que sociaux changent.
En revanche, des souvenirs s’effacent avec chaque embellissement de quartier ou de boulevard. Comparé à ce qui est arrivé usuellement à plusieurs villes célèbres dans le monde.
A Vienne, on démolissait les remparts pour faire place à un large boulevard annulaire planté d’arbres et d’édifices publics : le Ring. L'effort se portait également vers un développement planifié à New York, le plan d'extension de 1811 prévoyait sur l'ensemble de l'île de Manhattan. Un immense quadrillage d'avenues et de rues qui mettra un siècle à se remplir de constructions.
La ville moderne est devenue celle qui naît de l'industrialisation, des chemins de fer, des plans d'urbanisme fonctionnels et traditionnels. Elle est celle qui épouse en fait le mouvement d'échange, le flux, le comportement urbain très spécial. Les potentialités de l'individu dans la cité engendrent de nouvelles tâches.
La modalité de la ville de Marrakech est désormais limitée par des lois urbaines, des normes que le citadin doit respecter à la lettre pour engendrer la nouvelle génération citadine. C'est pourquoi la définition d’un nouveau système de valeurs à la ville ocre s'impose.
Une vision urbanistique s'impose, nécessitant certes une assistance des plus expérimentés en la question. Par l'ignorance de la question d’étique et de civisme, le citadin à Marrakech continuera à encaisser la mauvaise face de l'âge urbain avec tous ses bouleversements et ses contraintes.
Cela implique aussi qu'une importance concentrée soit accordée aux gratifications affectives des habitants de Marrakech. Que l'usage de l'espace est susceptible d'apporter à chacun des citadins une certaine réalité d’éventuels changements de sa vie personnelle.
Une telle vision marque une infinité de gestes et d'habitudes des plus simples aux plus complexes. Mais le mot « citadin » à Marrakech, il faut tout d’abord le mériter avant de le vivre.