Initiée par l'Institut des Etudes Africaines relevant de l'Université Mohammed V-Souissi de Rabat, cette rencontre se veut une occasion d'engager des réflexions sur la question de l'altérité et de la construction/représentation de l'autre, ainsi que sur sa genèse, ses multiples effets et ses limites. Les participants à ce colloque, des chercheurs notamment en sciences humaines et sociales, en littérature et science du langage et en esthétique et sciences féminines, tenteront ainsi d'appréhender l'origine, l'évolution et l'intériorisation des labels ethniques, nationaux, raciaux et idéologiques par lesquels les peuples de l'Afrique se sont identifiés les uns aux autres.
S'exprimant lors la première séance de ce colloque, M. Laurent Gankama, chercheur à l'Université Massin Ngonabi de Brazzaville (République du Congo), a souligné que les rapports inter-humains en Afrique révèlent une particularité complexe résidant dans la difficulté à réduire et à surmonter les tensions dues, entres autres, aux différences raciales, ethniques, culturelles et même climatiques. Il a plaidé, à ce propos, pour la nécessité de promouvoir la culture de l'intégration et de l'unité identitaire africaines et surtout de l'unité du genre humain dans la pluralité de ses manifestations, notant qu'il s'agit là d'un impératif éthique, ainsi que d'une exigence d'humanité et de modernité, "en vue d'assumer des rôles significatifs et déterminants dans la dynamique plus ouverte de construction de la mondialisation".
Dans son exposé intitulé "l'imaginaire, missionnaire faussaire de l'altérité", M. Ibrahima Silla, de l'Université Gaston Berger à Saint-Louis (Sénégal), estime que les conflits avec l'Autre sont d'abord des conflits d'imaginaires, "c'est-à-dire des constructions et des représentations productrices d'effets de réalités, de rivalités, d'hostilités et de velléités". L'imaginaire fournit ainsi, a-t-il précisé, un sens pratique qui constitue un mobile d'actions qui "peuvent aller jusqu'à la tragédie".
M. Carlos Jaques, professeur à l'Université Al Akhawayne d'Ifrane, a pointé du doigt l'absence de la notion d'altérité dans la philosophie africaine moderne, estimant que "la préoccupation par une identité africaine a, cependant, eu pour effet d'effacer la pluralité de l'Afrique". "Une telle conception est non seulement fausse, mais elle est également dangereuse", a-t-il dit. "La notion d'altérité", "typologie, connaissance et classification de l'altérité", "récits et représentations de l'autre en Afrique", "altérité, identité et conflits en Afrique : dimensions historique, politique, religieuse et juridique" et "apport de l'Afrique à une éthique et esthétique de la diversité", sont les axes qui seront débattus lors de cette rencontre qui se poursuit jusqu'au 6 décembre.