La compagnie Black Blanc Beur présentera sa dernière création « Si je t'm » à Agadir le jeudi 14 juin, à Marrakech le samedi 16 juin à 21h dans les jardin de l'institut, le 19 juin à Fes, le 21 juin à Meknes et le 23 juin à Casablanca.
Black Blanc Beur, ou B3, est une compagnie de danseurs fondée officiellement en 1984 sur un parking de Saint-Quentin-en-Yvelines par un médecin, Jean Djemad et une chorégraphe, Christine Coudun.
Par son seul nom « black-blanc-beur », le groupe affirme une volonté de mixité sociale et culturelle. Sans doute la plus ancienne troupe professionnelle de danse hip hop en France, B3 a monté une dizaine de pièces chorégraphiques, donné plus de 1000 représentations en France et à l'étranger et animé quantité d'ateliers. Dès le début, B3 cherche à créer un break dance original, qui ne craint pas de se frotter à la danse contemporaine et à son public.
Ils sont premiers à inviter des chorégraphes d'autres obédiences à créer pour leur compagnie, les premiers à commander des créations musicales originales sans rap obligatoire, les premiers aussi à tenter les métissages multiculturels, à ouvrir le hip-hop à d'autres influences et surtout, à revendiquer une scène artistique pour cette nouvelle danse.
Patiente, la compagnie a dû se battre pendant des années pour imposer son style qui se démarque indéniablement de toute mode et de tout souci commercial. Christine Coudun, qui n'a pas commencé par la chorégraphie mais par une réflexion sur la danse et la mise en place de structures, est, avant tout, la première à créer une danse d'auteur pour le hip-hop. Sa gestuelle, riche d'emprunts à d'autres styles, privilégie la qualité face à la virtuosité, et la pertinence dramaturgique face à la démonstration figurative. Véritable recherche esthétique et thématique, leurs pièces osent déconcerter, y compris leurs pairs. Ainsi, Ballade, solo de Marylin Berry sur la musique de Chopin symbolise, d'une certaine façon, tout ce que le hip-hop "pur" refusait : une fille, un piano, de la musique on ne peut plus classique, un mouvement concentré, mesuré, qui ne fait pas des qualités techniques une priorité. Le tour de force, c'est d'avoir pu faire accepter cette nouvelle voie, au point que, désormais, ce sont les jeunes qui revendiquent ce style. D'une écriture extrêmement fine, voire délicate, sa danse sait se servir des inventions gestuelles de cette discipline. Rigoureuse, sachant composer avec le rythme effréné, elle n'abandonne pourtant rien de la brillance, de la haute technicité qu'apporte ce style, ni de sa puissance.
Simplement, la construction chorégraphique fait ressortir les qualités intrinsèques de ce style : suspensions, accélérations, ondulations sensuelles du corps, décomposition minutieuse de chaque segment corporel, chutes en apesanteur. Rythmes arabo-andalous ou accents africains viennent nourrir le dialogue artistique. Tour à tour proche de la transe ou de l'extase orientale, conjuguant l'inouïe polyrythmie africaine à la retenue toute contemporaine, défiant les lois de l'équilibre par des portés somptueux et raffinés, les B3 imposent, finalement, un style résolument français dans un genre importé.
Photos Black Blanc Beur