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La tranquille marche de Marrakech

L'opinion - Mohamed JHIOUI

Savez-vous ce qui ensorcelle les visiteurs à Marrakech ? On a tendance à dire que se sont ses odeurs, ses saveurs et ses lumières. Pareilles particularités existent partout ailleurs pour devoir la différencier de ses paires.


Mounir Chraïbi
Mounir Chraïbi
L’attrait de Marrakech réside plutôt dans son génie de grandir et s’européaniser tout en conservant son identité socio-économico-culturelle dans son intégralité. Ainsi, le noyau de cette ville n’a pas changé d’un iota. Si dans d’autres villes on rénove, faisant du neuf avec du vieux, là, on réhabilite. C’est simple, on garde la partie organique dans son originalité et on rafraîchit les motifs de son aspect extérieur avec le soin d’un joaillier. Ce qui fait que la médina est recréée de ses cendres et que la ville nouvelle qui était, somme toute, modeste a pris une dimension, on ne dira pas cosmopolite, mais résolument humaine et séduisante. L’une et l’autre s’épousent donc dans l’unisson et l’harmonie en dépit de quelques regrettables anicroches, à mettre au passif des gardiens du temple, nous avons nommé les membres de la communauté urbaine. Laissons de côté la médina et intéressons nous à la ville nouvelle.

Le 1er coup de pioche fut donné par l’ex-Wali Mohamed Hassad à quelques mois du mariage du Souverain avec SAR Lalla Salma, en prélude aux préparatifs des cérémonies officielles que devait abriter Marrakech. En l’espace de quelques jours, la ville s’est métamorphosée à la suite d’un agréable lifting appuyé par une floraison d’espaces verts et de plates-formes fleuries. Ceux qui connaissent Hassad savent très bien que l’embellissement de la ville est sa marque de gestion. Les tangérois doivent en savoir quelque chose. Il s’en est suivi une débauche de projets initiés par des étrangers que certains n’hésitent pas à attribuer à l’avènement de l’Euro. Qu’à cela ne tienne, Marrakech a pris son élan et comme l’a si bien souligné l’actuel Wali de la région, Mounir Chraïbi « plus rien ne pourrait l’arrêter dans sa dynamique de développement, Marrakech est partie pour de bon, elle a de beaux jours devant elle ».

Le « »boom » est à venir

Allons voir ce que cache cette déclaration qui, venant d’un responsable connu pour la retenue et la mesure de ses propos ne semble pas fortuite. Un premier aperçu sur les nombreux et non moins importants chantiers en cours d’études ou de construction nous conforte dans l’idée de la tendance à la réserve qui caractérise Mounir Chraïbi, lequel préfère travailler dans la discrétion. Au fait, Marrakech s’attend à un véritable boom qui la propulserait aux devants des grandes métropoles européennes plutôt que d’un simple développement. De quoi mettre du baume sur le cœur des marrakchis qui commencent à nourrir des inquiétudes quant à l’avenir de leur bien aimée Marrakech.

Soucis par ailleurs légitimes devant le flagrant manque de communication entre les autorités locales et les médias qui sont les principales courroies de transmission vers les citoyens. Un point de presse tous les trimestres, voire tous les semestres dissiperait les éventuelles craintes, dévoilerait l’état du tableau de bord, et contribuerait à la clarté du chemin à parcourir.

Un espace offshore sur 70 km

Ainsi par exemple, la presse ne serait pas tombée dans l’erreur d’appeler à la création d’une zone offshoring (voir l’opinion du 11/ 09/2008) alors qu’une convention dans ce sens a été déjà scellée avec la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG) sur un espace offshore qui s’étendrait sur 70 km. C’est immense si l’on sait que celui de la mastodonte Casablanca est de seulement 50 km.

Bref, il y a foisonnement de chantiers et pas n’importe lesquels. Nous vous ferons grâce des projets hôteliers dont nous n’avons de cesse de vous rabattre les oreilles à chaque occasion bien qu’ils soient l’épine dorsale du développement économique dans la région, pour ne citer que les projets structurants qui s’inscrivent dans le cadre de l’amélioration de la qualité de vie des citoyens.

La culture comme levier de l’industrie touristique

Marrakech a opéré un virage à 180 degrés en optant pour la culture en tant que levier fondamental de son industrie touristique. C’est une première. Un choix qui répond à la vision Marrakech 2020 avec la bénédiction du ministère du Tourisme qui s’y associe. Nous ne saurons que nous féliciter de cette heureuse initiative qui tranche avec les clichés obsolètes du passé, d’autant que la région regorge de monuments historiques mal traités hélas et sous exploités pour pouvoir distiller leur rayonnement culturel et civilisationnel.

Il y a, en effet, près de 400 monuments historiques à Marrakech qui ont besoin de travaux de réhabilitation ! Le recensement de ces sites et les études préliminaires ont été faits. Prague (la Tchécoslovaquie), le Caire (l’Egypte), Istanbul (la Turquie), Séville l’Espagne ), ce sont là les 4 villes qui ont été retenues pour servir de modèle puisque toutes les quatre ont réussi à faire de la culture le fer de lance de leurs secteurs touristiques respectifs. Il ne faut pas non plus oublier le théâtre royal qui, pour l’occasion, sera sauvé de sa mutilation puisqu’il a toujours souffert d’un regrettable handicap à savoir la suspension des travaux de son opéra (ou salle couverte) suite à un sévère diagnostic qui décline son inaptitude à accueillir des spectacles en raison de plusieurs déformations artistiques et techniques. On remarquera qu’une bagatelle somme de 70 millions de DH est prévue pour sa mise à niveau. 7 milliards de cs. Ca pourrait suffire à la construction de 7 modestes théâtres à travers la ville, ce qui est à notre sens un gâchis.

5 musées en perspective

Mais passons. Admettons pour consoler notre désolation l’adage populaire qui dit « il n’est jamais trop tard pour bien faire » et poursuivons la déclinaison de la mue de Marrakech dans sa tendance culturelle. On nous apprend l’ouverture très prochainement de 5 musées. Le musée de l’histoire de la ville qui sera domicilié à l’ex-banque du Maroc sur la place Jemaa EL Fna ; le Musée de la Koutoubia sis au pied du minaret qui sera consacré aux auteurs et écrivains qui se sont intéressés à cette région ; le musée de la Palmeraie situé à quelques encablures du siège de la wilaya ; le musée de la botanique et de la faune à proximité de la Résidence du consulat de France et, enfin, le Musée Patty Cadby Birch qui sera unique en son genre en Afrique.

Qui est cette honorable dame et de quel musée s’agit-il ?

Une américaine qui a donné son nom à une fondation basée à New York et décédée il y a quelques mois. Elle avait une maison secondaire à Marrakech qu’elle adorait à la folie. C’est elle qui avait restauré « le manbar » (la chaire) de la mosquée la Koutoubia. Avant de mourir, elle a légué une précieuse collection à la ville constituée de 3000 objets datant de moins de 5000 ans avant J.C., assortie d’un million de dollars pour la réhabilitation de Dar EL Bacha qui fera office du musée. Une délégation d’experts américains en art a été dépêchée sur les lieux pour veiller sur les conditions de conformité et de conservation requises pour ce genre de musée. Il faut voir la composition de sa collection pour comprendre son importance. 3000 objets issus de l’art tibétain, hindou, océanique, africain avec des toiles de grands maîtres de la peinture. La gestion a été confiée au ministère de la Culture qui a, de son côté, fait le bon choix en désignant Sakina Gharib à sa direction, une femme versée dans l’art et la culture, professeur universitaire de son état . Voilà qui rassure.

La circulation bientôt décongestionnée

Passons maintenant au récurrent problème de la circulation qui étouffe la ville. Là aussi, il y a du nouveau. Un étude technique a été confiée à une société helvétique spécialisée dans le genre pour définir et arrêter les moyens et les modalités de conduite à même de délester le trafic. Espérons que celle-ci prenne en compte dans son étude l’incontournable problème des 2 roues et envisage la construction de pistes cyclables dédiées exclusivement à ce genre de moyens de transport. On rappellera que bien d’avenues en disposaient déjà à une période où la circulation ne connaissait pas autant d’engins.

Dans le même ordre d’idée, il faut souligner le parachèvement du plan Rocade, particulièrement cette route sise au niveau de l’oued Tensift à la sortie de la ville en direction de Casablanca qui est en cours de construction et qui permettra aux véhicules de joindre directement la route d’Essaouira sans devoir passer par le centre ville.

Toujours dans le chapitre circulation, on notera l’intérêt accordé à l’épineuse question du manque d’espaces destinés aux parkings. Ce dossier a été à son tour confié à une société d’économie mixte qui, en partenariat avec la CDG, lancera la construction des parkings à plusieurs niveaux et à l’aménagement de zones de parkings le long des avenues. L’éventualité de l’installation des horodateurs n’est pas à exclure.

La place Bab Doukkala qui ne désemplit pas de jour comme de nuit n’a pas non plus été en reste puisqu’elle est appelée à se débarrasser de la gare routière et de l’étranglement qu’elle subit sous l’encombrement des cars de transports et des grands taxis.

L’eau, source de vie et... de survie

Venons maintenant au plus important. Quoi de plus important que l’eau ! Tout le monde craint sa rareté chronique surtout à Marrakech où les parcours de golf prolifèrent puisqu’elle en attend une vingtaine dans les 5 prochaines années -Contry Club Samannag, Assoufid et Manageur (Alliances) en annoncent déjà la couleur avec leurs 18 trous pendant que les anciens sont en train de doubler leurs capacités. Tenez, Amelkiss par exemple en aura 36, le Golf Royal 27 et autant pour la Palmeraie Golf Palace. A eux seuls, ils vont devoir consommer pour leurs arrosages le besoin de la ville.

D’après le Wali Mounir Chraïbi, il n’y a pas de craintes à se faire puisque la parade est en voie d’être dressée. Celle-ci consisterait en le montage d’une station de recyclage des eaux usées du 3ème degré par des sociétés chinoise et belge qui sont des références en la matière pour un montant d’un milliard de DH.

Une autre station d’épuration du 1et degré est déjà fin prête. Les odeurs nauséabondes qui scandalisaient les passants à l’entrée de Marrakech par la route de Casablanca à hauteur de l’Oued Tensift et les craintes qui taraudent les marrakchis deviendront dans quelques mois un lointain souvenir. Grâce à une contribution des promoteurs des golfs de l’ordre de 30 millions de DH chacun, la question du financement a été réglée. En contre partie, ils vont bénéficier des eaux recyclées pour l’arrosage de leurs parcours. Voilà pour les grands chantiers.

Embellissement tous azimuts

Qu’en est-il de l’embellissement de la ville qui commence à perdre de son éclat ?

Du tout, si l’on en croit le Wali. En témoigne le nombre de placettes, des rues et de boulevards qui ont été traités ou qui sont en voie de l’être. Vous avez, dit- il, la place de la mosquée Moulay Lyazid, la place Youssef Ben Tachfine qui va être relookée et dégagée des bus, la nouvelle gare du chemin de fer, les jardins de l’Aguedal, les remparts qui enserrent celui-ci, l’aménagement de l’espace de Lamsellah tout au long de la route de Tassoultant, l’avenue Moulay Abdellah et, pour conclure, le récent tronçon du Boulevard Mohammed VI qui sera arraché à sa torpeur avec l’ouverture de quelques commerces et cafés en guise d’animation.

Quant à l’avenue Mohammed V, elle sera métamorphosée une fois les travaux du complexe multidimensionnel de l’ex- marché central achevés. C’est maintenant la BMCE qui en a pris sa destinée en main. Sûr qu’elle nous réserve un beau bijou.

Devant tant de promesses, de certitudes et d’une poignée de réalisations concrètes, on ne peut qu’espérer des lendemains enchanteurs pour Marrakech pour peu que les gens de la communauté urbaine se réveillent et y mettent sérieusement la main.

Vendredi 03 Octobre 2008
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