Si l'enseignement préscolaire a été hissé au rang de priorité nationale, à Al Haouz ce secteur ne cesse de bénéficier d'un intérêt particulier notamment de la part des autorités locales et d'une société civile locale active et bien structurée à l'échelle nationale notamment avec un nombre conséquent d'associations qui y sont spécialisées mais également d'étrangers installés dans la région et qui, depuis, réalisent des projets éducatifs ou mènent des actions louables dans ce sens.
Ce secteur profite, en outre, de l'existence d'un plan provincial dédié à sa promotion, d'une équipe d'encadrants et d'éducateurs d'une expérience confirmée et de grande qualités professionnelles parmi les diplômés, ainsi que de l'implication effective de plusieurs organisations internationales qui soutiennent des projets en matière d'enseignement, de formation et d'apprentissage.
Avec 1.074 établissements d'enseignement préscolaire (85 pc du total) au titre de l'année scolaire 2006-2007, dont 1.000 traditionnels, 21 privés et 53 classes intégrées contre respectivement 6 établissements privés et 21 classes intégrées en 2004-2005, ce secteur semble ainsi réaliser de grandes avancées au point de servir de modèle à suivre à l'échelle nationale.
Quant au nombre d'enfants de 4 à 5 ans scolarisés, il s'est élevé à 15.249 dont 3.910 filles, soit un taux de scolarisation de 72 pc (38 pc pour les filles) en 2006-2007 contre seulement 63,3 pc (29,2 pc pour les filles) en 2004-2005.
Néanmoins, ce secteur ne cesse de souffrir d'un certains problèmes, qui rendent nécessaire la conjugaison des efforts de tous les intervenants, notamment la faiblesse des campagnes de sensibilisation quant à l'importance de ce secteur en raison essentiellement du déficit en moyens financiers et logistiques, l'absence de coordination entre les différents acteurs concernés, la répartition inégalitaire des établissements d'enseignement préscolaire au niveau de la région et la difficulté pour les enfants issus de milieux défavorisés d'accéder à cet enseignement du fait de l'insolvabilité des parents et tuteurs.
D'autres difficultés résident dans l'insuffisance des investissements du secteur privé dans l'enseignement préscolaire, la faiblesse de l'encadrement et du contrôle permanents des éducateurs, la défaillance des équipements des établissements de l'enseignement préscolaire et surtout le recours à des méthodes archaïques de formation qui ne prennent pas en considération les besoins et les spécificités des enfants durant la période préscolaire.
Afin de faire face à cette situation, certaines associations locales et des ressortissants étrangers bénévoles ont entrepris une série d'actions comme se fut le cas du couple allemand Helga et Jürgen Münstermann, qui dans le cadre de la collaboration avec les habitants de "Douar El Kharoua" (environ 5 km de Tahanaoute) et après la création de l'association "Afous Rofous" (main dans la main), oeuvre depuis le 6 août dernier (date de démarrage des travaux de construction) en vue de la mise en place d'un Jardin d'enfants aux standards internationaux et avec des méthodes d'apprentissage des plus modernes.
"D'une superficie constructible d'environ 1.100 m2, ce jardin d'enfant qui respecte l'aspect architectural de la région comprend, entre autres, 3 grandes salles de classes, une administration, une salle de conférence, des blocs sanitaires, un terrain de jeux, ainsi que des espaces verts", ont expliqué dans des déclarations à la MAP, Madame et Monsieur Münstermann.
Ils ont fait savoir, dans ce sens, que cet établissement qui devra ouvrir gratuitement ses portes, durant le printemps de cette année, devant 30 enfants du douar âgés de 3 à 6 ans dans un premier temps, est réalisé d'après la pédagogie du "Docteur Maria Montessori" (1870-1952), précisant que "cette méthode pédagogique permet aux enfants âgés de 3 à 6 ans de mettre en œuvre durablement leur disposition spécifique d'apprentissage".
Pour ces retraités allemands, l'éducation dispensée au sein de ce Jardin d'enfants sera largement inspirée des principes fondamentaux de Maria Montessori notamment un intérêt particulier accordé aux besoins et aux envies de l'enfant, le rôle de l'éducateur qui doit seulement être d'accompagner, de conseiller et d'éveiller tout en faisant attention à ce que suffisamment de temps soit laissé au travail libre et le soin laissé à l'enfant pour choisir librement ses activités en fonction de son intérêt et pour déterminer, lui même, la durée à leur consacrer.
Elle repose également sur la liberté accordée à l'enfant qui décide seul de son rythme d'apprentissage, de choisir le camarde avec lequel il veut jouer ou travailler ou encore l'endroit où il veut travailler au sein de l'enceinte du jardin, sans pour autant gêner un autre enfant, parce que le respect mutuel est la base essentielle pour une relation humaine saine.
Il s'agit de la mise en application du principe "Aide-moi à faire tout seul", ont-ils dit.
Pour assurer une formation de qualité, un matériel pédagogique spécifique "Montessori" sera mis à la disposition des enfants et sera complété avec des jeux et du matériel éducatif empruntés à d'autres pédagogues, outre des salles de classes bien aménagées avec un mobilier adéquat, ont-ils poursuivi, expliquant qu'en utilisant le matériel pédagogique à "autocorrection", l'enfant peut contrôler ses fautes, voire même les corriger sans aucune aide.
"Notre objectif est que les enfants arrivent à développer de manière optimale leur sensibilité ainsi que leurs aptitudes physiques et intellectuelles en évoluant dans une atmosphère harmonieuse", ont-ils estimé, faisant remarquer que ce Jardin d'enfant, dans les travaux de construction vont bon train, sera ouvert 5 jours par semaine pour un enseignement allant de 3 à 4 heures par jour.
Des uniformes seront distribués aux enfants scolarisés, outre un petit-déjeuner quotidien équilibré, d'autant plus que l'Imam local disposera, chaque jour et pendant environ une heure, d'une salle pour l'enseignement du Coran, ont-ils indiqué.
"Pour la réalisation de ce projet, nous avons cherché un village au pied du Haut-Atlas, parce que dans cette région, les jardins d'enfants sont rarissimes et les conditions d'éducation des enfants en bas âge se montrent difficiles", ont-ils dit, relevant qu'avec ce projet "nous voulons apporter notre soutien aux efforts de développement engagés par le Royaume et surtout atténuer la cadence de l'exode rural vers les centres urbains".
L'avenir du secteur de l'enseignement préscolaire à Al Haouz se veut prometteur en raison de l'existence d'une société civile dynamique, encore faut-il que le secteur privé s'implique davantage, aux côtés de l'Etat, pour que des projets novateurs puissent voir le jour notamment en milieu rural où les besoins en formation et en apprentissage se montrent importants.